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 | Le roi de l'autobiographie, celui qui de l'enfant à l'homme, à travers toutes les phases de la vie, a su faire rayonner avec tant de chaleur sa propre existence dans les mots, il est émouvant de le découvrir hors de lui-même, dans les premières approches du soir, parlant par la voix d'une adolescente d'aujourd'hui, une fille-femme attrapée avec une telle justesse qu'elle nous prend le coeur. Bien sûr, on pourrait critiquer le milieu bourgeois, les états d'âme factices de la lycéenne faussement émancipée, les angoisses du bac, les amitiés passionnées et fragiles, les vacances en Corse, et le premier émoi sérieux. Et ce serait parfaitement injuste, car Philippe Labro est parvenu ici, à force d'attention et de sympathie, à évoquer avec pudeur un jeune être féminin, une figure unique, à travers maints détails cocasses ou poignants, ordinaires ou graves. Et tout cela dans le drolatique et savoureux vocabulaire à la mode chez les jeunes ou les moins jeunes. Il se démodera comme celui qu'on parlait rue Saint-Jacques sur les pas de Villon, mais il donne sa couleur au temps qui passe et passera, illuminant des visages dont rien n'effacera le regard. C'est bien d'avoir tenté cela. On n'oubliera pas Manu, Ella, Manuella, que son premier amant, un garçon charmeur et agaçant, appelle Petite Rivière ; elle vivra comme Clara d'Ellébeuse ou une pastourelle du Moyen-Age, le même coeur, si différent, dans une autre parlure françoise, et toujours amoureuse de l'amour. Je crois qu'elle aurait été une très bonne copine de Rosalinde ou de Miranda.Jean Mambrino |